14 juillet 2021

Discours de Monsieur Christophe Bouchard, Ambassadeur de France à Madagascar.
Seul le prononcé fait foi.

Monsieur le Président du Sénat,
Madame la Présidente de l’Assemblée nationale,
Mesdames et messieurs les Présidentes et Présidents des institutions de la République,
Excellence, Monsieur l’ancien Président de la République,
Monsieur le Ministre des affaires étrangères,
Mesdames et messieurs les Ministres,
Mesdames et messieurs les membres du parlement,
Monsieur le maire d’Antananarivo
Excellences, mesdames et messieurs les Ambassadeurs et représentants des organisations internationales, chers collègues,
Messieurs les Conseillers à l’Assemblée des français à l’étranger,
Mes chers compatriotes,
Mesdames et messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui à la Résidence de France à l’occasion de notre fête nationale. Après l’année dernière, où la pandémie nous avait empêché de nous retrouver, c’est un plaisir et un soulagement que nous puissions partager ce moment d’amitié autour des valeurs de la république et de la démocratie, que le 14 juillet symbolise en France, mais aussi dans le monde. Merci à tous de votre présence qui nous honore.

Le respect des consignes sanitaires nous impose d’être encore en format relativement restreint, par rapport à ce que vous avez pu connaitre jusqu’en 2019, en respectant les gestes barrière, et je vous remercie de votre compréhension à cet égard.

Je veux commencer par remercier toutes celles et ceux qui ont contribué à l’organisation et à l’animation de cette réception, avec un salut particulier à la chorale des enfants d’Andohatapenaka qui vient d’interpréter avec brio et énergie nos deux hymnes nationaux, ainsi qu’aux groupes musicaux JAHLEKY Accordéoniste et le groupe de Silo et de Dina, qui assurent l’animation musicale aujourd’hui.

Je remercie également les entreprises qui ont apporté leur soutien et leur mécénat, sans lesquels cette réception ne pourrait avoir le même éclat.

Nous vivons depuis un an et demi, avec la pandémie, une période que nous n’aurions osé imaginer. La vie du monde, nos vies personnelles ont été parfois bouleversées, en tout cas profondément affectées par le virus et ses conséquences. Beaucoup parmi vous ont été eux même malades, ont connu des malades parmi leurs proches. Nous avons perdu des parents, des amis, ici à Madagascar, y compris au sein de la communauté française, en France ou ailleurs. J’ai à cet instant une pensée pour eux, pour leurs familles et leurs proches.

Je veux saluer l’engagement, le dévouement de tous les personnels et responsables de santé malgaches, dont certains représentants sont présents ici, qui travaillent d’arrache-pied depuis un an et demi au service des malades et qui méritent nos remerciements et nos encouragements.

Face à cette pandémie, la coopération internationale est plus que jamais nécessaire. La France, comme l’Union européenne et l’ensemble de la communauté internationale, s’est mobilisée dès le premier jour pour que les traitements, la prévention, les vaccins, puissent être développés le plus vite possible, grâce à une mobilisation exceptionnelle de tous les acteurs de la santé mondiale. S’agissant du vaccin, nous réaffirmons notre conviction de la nécessité d’une vaccination la plus large possible partout dans le monde, seul moyen de protéger les populations, de sauver des vies et de sortir de la pandémie. Et notre engagement à ce que des vaccins efficaces soient disponibles pour tous, quels que soient les revenus des Etats.

La France, comme l’Union européenne, est fière de son engagement financier, d’environ 40 millions d’euros dans l’initiative Covax, initiative qui a permis de diffuser des millions de vaccins dans le monde, dont un premier lot de 250.000 vaccins à Madagascar, des vaccins efficaces homologués par l’OMS. Et nous nous tenons aux côtés de Madagascar pour poursuivre cet effort de vaccination, qui n’en est qu’au début, dans les prochaines semaines et les prochains mois. C’est cela l’essentiel. J’en profite pour confirmer que le processus de reconnaissance du vaccin Covishield est en cours et que nous espérons une décision très prochainement.

Le gouvernement français, dans cette crise, a également accordé une importance particulière à ses ressortissants à l’étranger. Il a notamment décidé dès le début de les inclure dans sa stratégie nationale de vaccination, ce qui s’est traduit, dans certains pays par l’envoi de vaccins pour notre communauté. Nous sommes fiers que notre Ambassade à Madagascar ait été la première dans le monde à démarrer cette campagne, qui a permis à ce jour de vacciner plus de 4000 ressortissants français, européens, conjoints et parents d’Européens, ici à Tananarive mais aussi dans 5 villes de province. Comme le Secrétaire d’Etat Jean Baptiste Lemoyne, qui s’est déplacé ici en mai dernier à cette occasion a eu l’occasion de le faire, je remercie les médecins, infirmiers et administrateurs de l’équipe de vaccination, présents ici aujourd’hui, pour leur travail remarquable, pour avoir mis en place un dispositif de vaccination d’une parfaite qualité et efficacité, qui sert aujourd’hui de modèle aux autres ambassades, malgré les difficultés et les complications. Nous venons de recevoir, ce matin même, l’autorisation d’étendre la vaccination aux moins de 55 ans, suite à l’avis de la Haute Autorité de santé française sur le vaccin Janssen. Les personnes intéressées pourront se faire vacciner dès les tout prochains jours. Enfin, le gouvernement s’est engagé à régler dans les meilleurs délais, avant la promulgation de la loi sur l’extension du passe sanitaire, la question de l’enregistrement des vaccinations réalisées à l’étranger dans la base de données nationale.

Cette crise sanitaire a eu, bien sûr, des conséquences fortes sur nos économies, ici comme en France et ailleurs. Mais elle nous a fourni une raison supplémentaire de renforcer la coopération internationale, de l’adapter au traitement des conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire, sans, bien sûr, nous détourner de nos autres projets de coopération.

La nouvelle politique de la France en Afrique et dans l’océan indien, exposée par le Président Macron dès le début de son mandat, vise précisément à renforcer ce lien, cette solidarité, par un effort accru de l’aide publique au développement, tout en la renouvelant en s’appuyant de plus en plus sur les forces vives du continent, sur sa jeunesse, j’y reviendrai dans un instant.

S’agissant de Madagascar, je veux réaffirmer avec force et confiance, l’engagement total de la France à vos côtés pour réussir le développement et l’émergence de votre pays, parce que c’est tout autant dans notre intérêt, dans cette région du sud-ouest de l’océan indien qui nous est commune, que dans le vôtre.

A Madagascar, ce soutien résolu, exprimé par le Président Macron lors de la visite officielle du Président Rajoelina à paris en mai 2019, a été réaffirmé par le Ministre Jean Yves Le Drian lors de sa visite officielle à Tananarive en février 2020 et, plus récemment par le Secrétaire d’Etat Jean Baptiste Lemoyne en mai dernier.

Il se traduit par un engagement financier accru, de 240 M€ sur la période 2020/2023. Cet engagement sera tenu et, même, je le pense, dépassé.

L’inauguration par le Président de la République, il y a quelques semaines, de la rocade d’Iarivo, financée par la France, au travers de l’AFD, l’Union européenne, la BEI et l’Etat malgache, et réalisé par des sociétés françaises dont Sogea Satom, a été l’illustration parfaite de cette coopération franco-malgache et euro-malgache pour accompagner le développement du pays, en l’occurrence de ses infrastructures routières, nécessaire à la croissance économique comme au bien-être des habitants, avec un niveau de qualité et de sécurité inédit dans le pays.

Mais bien d’autres projets pourraient être cités, toujours dans le domaine des infrastructures, de l’énergie, de l’eau et de l’assainissement, des transports, mais aussi dans les secteurs sociaux que sont l’éducation et la santé, parallèlement à l’engagement nécessaire des autorités malgaches.

Nous ne souhaitons qu’une chose, que les projets en cours aboutissent le plus rapidement possible, après le temps nécessaire de la négociation, car nous reconnaissons tous l’urgence du développement et nous savons que les retards ont un coût. Les entreprises, les investisseurs, français comme internationaux sont là, ils veulent faire plus et espèrent que le climat des affaires et les conditions d’accueil de ces investissements, dans l’équité et la transparence, seront à la hauteur de leur engagement et des besoins du pays.

J’ajoute enfin que la France reste sensible, comme l’ensemble de la communauté internationale, à la situation alimentaire et humanitaire dans le grand sud de l’Ile, et reste mobilisée pour apporter sa contribution à l’aide d’urgence pour les populations, mais aussi pour les solutions de développement pérennes, car nous ne pouvons continuer de répondre seulement par l’aide d’urgence à un drame qui s’aggrave d’année en année, notamment du fait du changement climatique. L’environnement doit d’ailleurs être un domaine où nous devons faire plus ensemble, pour la lutte contre les changements climatiques, pour la préservation de la biodiversité, et nous y sommes déterminés.

Tous ces projets marqueront la vigueur et la réalité de la relation entre la France et Madagascar. Je souhaite réaffirmer avec force, à cet égard, l’engagement du Président Macron de consolider, avec le Président Rajoelina, la relation politique entre nos deux pays, et pas seulement économique et d’aide au développement, sans se laisser distraire par les caricatures et les attaques, dont nous savons bien qu’au-delà de la France, elles visent en fait tous ceux qui, ici, veulent une relation forte, dans l’intérêt de Madagascar comme de la France.

Je souligne en particulier notre volonté partagée de reprendre au plus vite les discussions entre les deux pays sur les iles du canal du Mozambique, comme les deux chefs d’Etat s’y étaient engagés en mai 2019. Nous souhaitons que la commission mixte nous permette, dans un esprit constructif, de trouver des solutions dans l’intérêt de nos deux pays, de lancer des coopérations mutuellement bénéfiques, dans des domaines comme la biodiversité, la pêche durable et la sécurité maritime. La Présidence française de la Commission de l’Océan indien, qui vient de commencer, peut nous y aider.

La France souhaite aussi poursuivre le travail de mémoire, composante essentielle de cette nouvelle politique que j’évoquais. Nous sommes heureux d’avoir pu répondre, en des délais très brefs, à la demande du Président Rajoelina que la couronne du Dais de la reine Ranavalona puisse revenir ici, à Tananarive. Depuis novembre dernier, elle a retrouvé sa place au Palais de la Reine, lieu symbolique de votre histoire. Nous allons poursuivre cette démarche de mémoire et, avec cette même détermination, nous travaillons notamment aujourd’hui à l’identification du crâne du roi Toéra, tué en 1897 dans l’ancienne capitale royale du Menabe, afin qu’il puisse être inhumé, enfin, dans sa terre natale et que ses descendants puissent lui rendre hommage dans la dignité.

Regarder ensemble tous les moments de notre longue histoire commune, y compris les pages sombres, comme l’avait fait le Président Chirac à Majunga et à Tananarive en 2005, voilà la meilleure réponse que nous pouvons apporter, ensemble, à ceux qui n’exploitent les blessures du passé que pour abimer le présent et l’avenir.

Pour terminer, et renforcer encore, en ce 14 juillet, jour républicain et révolutionnaire, et trois semaines après votre fête de l’indépendance retrouvée, ce message de confiance dans la relation et l’amitié entre nos deux pays, je voudrais dire qu’en fait, au-delà des relations d’Etat à Etat, ce sont les femmes et les hommes qui incarnent le mieux cette relation et qui nous rendent le plus optimistes.

Nos communautés, c’est, tout d’abord, la communauté malgache vivant en France, parfaitement intégrée et qui apporte toute sa contribution à la vie du pays, aux talents remarquables et diversifiés, de la science à la chanson, du sport à l’industrie. Je pourrai citer de nombreux exemples, je mentionnerai, par exemple, les joueurs des Barea, qui vivent et jouent en club en France mais aussi la jeune chanteuse Marghé, malgache, italienne et poitevine, magnifiques exemples d’excellence et de métissage culturel ! Et bien sûr la communauté française qui vit à Madagascar, parfois depuis plusieurs générations, parfois depuis quelques décennies, parfois depuis moins longtemps et qui, quels que soient les parcours, les origines, les religions, aime et respecte ce pays, contribue à sa vie et à son développement et qui aspire à y vivre en paix et en sécurité.

Je pense aussi à tous les acteurs de la coopération, français et malgaches, aux ONG, aux jeunes entrepreneurs, à notre magnifique réseau éducatif et culturel français, l’un des principaux dans le monde, aux collectivités locales, aux volontaires internationaux. Ils incarnent mieux que quiconque l’avenir entre nos deux pays, et la France fait tout son possible pour les soutenir. Le prochain sommet Afrique-France, en octobre à Montpellier, d’un format inédit, sera d’ailleurs consacré à cette société civile, aux acteurs de demain, et nous nous efforcerons de le préparer, en septembre, par un débat citoyen, comme nous l’avons fait il y a quelques semaines avec le forum de l’égalité hommes femmes.

De même, tout au long de cette année, et en dépit de la pandémie, des artistes malgaches sont présents en France dans le cadre de la saison Africa 2020, peintres, musiciens, chefs cuisiniers, et font découvrir tout le talent et la créativité malgaches au public français, comme l’avait fait il y a trois ans la belle exposition sur les arts de la grande ile au musée du Quai Branly.

C’est avec toutes ces énergies que nous pourrons préparer au mieux les défis du XXIème siècle, qui, comme le montre la pandémie actuelle, seront des défis communs, où l’heure ne pourra être au repli derrière des frontières. Avec cette énergie commune, je suis convaincu que nous pourrons y parvenir.

Ho ela velona anie ny fifankatiavana sy ny fiaraha-miasa eo amin’i Frantsa sy i Madagasikara. Misaotra indrindra tompoko.

Vive Madagascar, vive la France,
Vive l’amitié entre la France et Madagascar
Merci à tous.

Dernière modification : 18/08/2021

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