Eulogie de Charly

Ambalavao – 13 janvier 2014

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"Mes chers amis, le défunt que nous pleurons, et dont la disparition jette dans le deuil une famille et une école mises durement à l’épreuve et toute une communauté, profondément attachée, est de ceux qui n’ont pas besoin qu’on les loue. Leurs œuvres suffisent à cette tâche. Mais en prenant ici la parole au nom de tous, c’est à l’homme bon et à l’ami sûr que je veux apporter le tribut d’une affection qui survivra à la triste séparation. Je veux rappeler, en quelques mots, Charly à votre reconnaissance, pour avoir ensuite le droit d’y faire appel au profit de sa mémoire.

C’est dans la ville-frontière de Strasbourg que naquit, le 13 novembre 1931, Charles Henri DIEBOLD, d’une famille alsacienne, où le sens du devoir marchait de pair avec des principes de vie profondément chrétienne. Il allait en particulier y recevoir cette empreinte de patriotisme dont le parfum va embaumer toute sa vie et fera l’édification de tous ceux qui l’approcheront par la suite. Car cette famille alsacienne avait été chassée par la guerre, s’était engagée dans la Résistance, avait combattu avec la France Libre et avait été meurtrie par la déportation. Charles Henri, affectueusement appelé Charly, a vécu tout cela. Héritier d’une culture humaniste, chrétienne et patriotique forte, Charly a donc démarré sa vie d’homme avec ce viatique : servir son pays. Ce fut alors l’Indochine et Madagascar dans les rangs des commandos parachutistes, le Sahara dans les Affaires sahariennes, les océans dans la Marine marchande, une vie d’aventures immergée dans les valeurs solidaires. Car Charly avait ce don particulier pour entretenir l’amitié, c’est la caractéristique même de toute sa vie où elle était comme une fonction nécessaire de son existence. Toute sa vie, Charly a ignoré la haine, jamais je ne l’ai entendu manifester envers quiconque d’autre sentiment que de l’admiration ou de la bienveillance. Un homme de cœur. Bien sûr comme tout le monde, il a aussi cheminé de certitudes en erreurs. Nous savons tous que la réalisation de soi est longue, complexe, jamais achevée, qu’elle demande un effort constant pour voyager au-delà des évidences, des certitudes pour se recentrer sur l’essentiel. Alors au crépuscule d’une vie professionnelle d’une trentaine d’années tellement actives dans la logistique qu’il n’avait pas vu grandir ses propres enfants, il aurait pu vivre repu, pourvu du nécessaire, sans se préoccuper d’autres valeurs, mais il avait caché au fond de lui cette question essentielle : « à qui va servir ton existence ? » La solidarité était toujours au centre de sa vie. En pensant à l’immensité des démunis, à ces marges où il reste possible de construire de l’humain, il a alors multiplié les actions d’entraide à Madagascar : convois humanitaires, expédition de lait, soutien d’interventions chirurgicales, réalisation de puits, campagnes d’électrification, … Mais ne pas être indifférent aux hommes commence surtout par promettre un monde meilleur aux enfants … ce fut l’école des Bambins.

Un passionné, que dire de plus sincère et de plus vrai que ce mot. Charly était passionné par son école des Bambins. Voici quatorze ans, il avait ouvert avec sa femme Josée une petite école francophone pour les « enfants des rizières », orphelins ou issus des familles les plus démunies de la ville d’Ambalavao. S’engageant avec la naïveté généreuse et inconsciente de ceux qui ont la foi dans leur projet, ils n’avaient au début qu’une quarantaine d’enfants mais aujourd’hui leur école ouverte à tous en regroupe six cents cinquante ! Rien n’a été facile et rien n’est encore facile. Les revenus personnels de Charly étant depuis longtemps insuffisants pour tous les nourrir, les soigner et les éduquer, il devait en permanence mobiliser pour son école des associations, des institutions, des bonnes volontés et des cœurs charitables car avec Josée l’avenir de ces enfants, bâti sur des fondations saines est restée leur boussole.

Sa modestie était un paravent et sous ses airs apaisés de bon grand-père octogénaire on devinait mal qu’il avait reçu son éducation de tant d’aventures et de tant d’épreuves. Charly savait ce qu’il aimait et pourquoi. Il savait d’où il venait, où il voulait encore aller et il a fait ce qu’il aimait sans jamais tourner le dos à son exigence : ouvrir un avenir à ses enfants d’Ambalavao.

Si Charly a créé cette œuvre, c’est justement parce qu’il avait du cœur, c’est parce qu’il écoutait son cœur et qu’il savait traduire tout ce que ce dernier lui inspirait. Son cœur a été la clef de son œuvre. C’est avec son cœur qu’il s’est toujours consacré, à l’éducation et à la formation des enfants d’Ambalavao. Si bien que c’est à "ses Bambins", qu’il a donné le reliquat de ses forces laissé par l’usure latente d’une maladie sans rémission.
Malheureusement aujourd’hui il faut dire à ses enfants, et à vous, chers amis, un adieu définitif à Charly...

Saint-Michel, là-haut, a dû favorablement accueillir notre ancien parachutiste qui voyait dans son école un excellent moyen de raviver et de maintenir dans les âmes les plus jeunes la flamme d’un espoir pour l’avenir. Ayant accompli sa tâche, Charles Henri DIEBOLD, en bon chrétien, s’en est retourné près de Dieu cueillir la récompense ; et de là-haut, il nous inspirera sans cesse l’importance du service aux autres qui tend à faire de nous de vrais hommes et femmes de bien. Pour nous, chers amis de Charly, la reconnaissance nous fait un devoir d’adresser à Dieu, pour celui qui passant parmi nous y a semé tant de bienfaits, nos plus ardentes supplications. Que la pleine lumière de l’éternité luise bien vite à son âme, et qu’un reflet de cette lumière tombe sur tous nos cœurs afin d’en adoucir les peines et d’y raviver cette espérance : que son école continue sans lui.

"Rappelez dans votre Éloge, disait Cicéron, la noble naissance de votre héros, sa beauté ; sa force, ses richesses ; si de tels avantages sont par eux-mêmes peu dignes de louange, c’est un mérite d’en avoir bien usé ; vantez ses vertus, et celles qui furent surtout utiles à lui-même, et celles qui tournèrent au profit des autres hommes, les unes parce qu’elles produisent l’admiration, les autres parce qu’elles excitent la reconnaissance ; célébrez surtout les belles actions accomplies par le courage sans espoir de récompense ; louez même le bonheur comme un don des immortels."
Merci Charly, avec notre admiration et notre reconnaissance pour ton courage et le bonheur que tu as donné aux autres. Adieu notre ami.

Colonel Nicolas GRAFF
Attaché de défense

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Dernière modification : 02/09/2014

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