L’agriculture urbaine d’Antananarivo présentée à la COP21

700 millions de citadins utilisent l’agriculture urbaine et périurbaine dans le monde (source : FAO 2014). L’agriculture urbaine est une stratégie d’adaptation au réchauffement climatique qui contribue à développer la résilience des villes. Dans ce cadre, l’IMV, (Institut des métiers de la ville) plateforme de projets de coopération entre la région Île-de-France (IDF) et la commune urbaine d’Antananarivo (CUA), travaille depuis 2011 sur le projet AULNA (agriculture urbaine, low space no space) de production légumière intra-urbaine de circuit court. Cette approche permet à 500 ménages de mieux se nourrir.

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En 2015, le projet a été lauréat de l’appel à projets Climat lancé par le MAEDI. Dans ce cadre, l’ambition de la région IDF et de la CUA est de diffuser le programme dans toute l’agglomération, comme une politique visant des objectifs de sécurité alimentaire et d’adaptation au dérèglement climatique, en passant le relais aux acteurs locaux (ONG, associations…). Le projet propose la création d’une plateforme d’acteurs du développement et d’accompagner l’intégration de cette composante dans leurs actions. Un comité élaborera des propositions pour valoriser les déchets organiques locaux, en lien avec l’agriculture urbaine.

Nous avons rencontré Tamara Teissedre-Philip, directrice de l’IMV à Antananarivo et co-porteuse du projet, sur le stand de la région Île-de-France des espaces Générations climat de la COP21, le vendredi 11 décembre 2015.

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Dans un contexte de grande pauvreté à Madagascar, les zones urbaines sont en proie à des difficultés concernant la sécurité alimentaire, notamment dans la capitale. Cela implique une moindre capacité à s’adapter aux impacts du dérèglement climatique (risques d’inondations, inaccessibilité de la nourriture). L’agriculture urbaine est un moyen de sécuriser l’approvisionnement, sans dépendre du transport alimentaire, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre liés au transport.

La gestion des déchets urbains est une problématique importante, la CUA doit faire face à une quantité croissante de déchets (100 000 nouveaux habitants par an), alors que ses moyens (nombre de camions, carburant) sont déjà largement insuffisants pour collecter et traiter l’existant. Seule une part marginale de ces déchets est valorisée de manière satisfaisante. Le transport de ces déchets organiques vers la décharge municipale génère des émissions de gaz à effet de serre (notamment du CO2). La décomposition anaérobie (processus naturel biologique de dégradation de la matière organique) des ordures ménagères a, de plus, un impact négatif considérable sur l’émission du méthane, à l’effet de serre 21 fois supérieur au CO2.

11 décembre, Tamara Teissedre-Philip, directrice de l’IMV d’Antananarivo répond à nos questions en direct de la COP21, où le projet vient d’être évoqué sur le stand de la région Île-de-France des espaces Générations climat

MAEDI : Quels sont les enjeux de votre projet dans le cadre de la lutte contre le dérèglement climatique ?

Tamara Teissedre-Philip : Le projet s’appuie sur une plateforme d’acteurs du développement qui intègrent l’agriculture urbaine dans leurs cadres d’action respectifs, pour réduire les risques d’insécurité alimentaire de la population la plus exposée. Une proposition de valorisation des déchets organiques urbains est en cours d’élaboration.

Quelle solution avez-vous mis en avant pour lutter contre le dérèglement climatique ?

La pratique de l’agriculture urbaine atténue les effets du changement climatique, elle permet :

- une réduction des émissions de gaz à effet de serre grâce à la diminution des transports de denrées alimentaires, l’autoproduction et les circuits courts de vente ;
- une baisse des émissions de CO2 induite par le compostage des déchets organiques, tout en annulant le recours à des produits chimiques ;
- une végétalisation plus importante de la ville atténue les effets du changement climatique par la régulation climatique dans la ville, notamment celle des îlots de chaleur urbains.

Quels sont les points forts du projet selon vous ? Dans la lutte contre le dérèglement climatique, mais aussi pour les citoyens concernés ?

A Antananarivo, la problématique de la sécurité alimentaire est particulièrement aigüe. Les quartiers vulnérables ont une moindre capacité à s’adapter aux conséquences du changement climatique : inondations, élévation des prix des denrées alimentaires en période cyclonique... L’agriculture urbaine propose un mécanisme d’adaptation qui contribue à sécuriser la capacité à pouvoir se fournir en aliments frais, localement, sans dépendre du transport alimentaire, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre liés au transport. Elle permet aux plus vulnérables d’être acteurs de leur propre résilience, pour une résilience collective, à l’échelle d’un quartier ou même de la ville. La plupart des bénéficiaires sont d’anciens agriculteurs en quête d’une vie meilleure dans la capitale, produire ses propres légumes et en revendre le surplus au marché permet de subvenir aux besoins de la famille et d’acquérir un revenu supplémentaire. L’agriculture urbaine confère un statut social qui change la vie des femmes et des hommes la pratiquant.

En quelques mots, une idée à développer ou une envie à partager ?

D’ici à 2050, le nombre d’urbains va doubler dans le monde. Nous souhaitons largement partager les bénéfices de l’agriculture urbaine, notamment dans les grandes villes du Sud. Pratiquée aujourd’hui par un citadin sur cinq dans le monde, l’agriculture urbaine apporte les bénéfices suivants :

- une amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la population vulnérable ;
- un renforcement de la résilience des villes par la mise en place d’activités génératrices de revenus ;
- une moindre dépendance des urbains vulnérables, vis-à-vis du transport routier des aliments ;
- une réduction des émissions de gaz à effet de serre ;
- une valorisation des déchets organiques urbains pour la production de compost et une amélioration de l’assainissement urbain.

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De gauche à droite : Bertrand Fort, Délégué pour l’Action extérieure des Collectivités territoriales (MAEDI) ; Tamara Teissedre-Philip, Représentante permanente de la région Île-de-France à Madagascar, Directrice de l’Institut des métiers de la ville (IMV), Commune urbaine d’Antananarivo ; Laurent Pandolfi, Chargé de mission Asie-Océan Indien, région Île-de-France ; Antonio Randriatsimihory, Chargé de mission Agriculture urbaine, IMV, Commune urbaine Antananarivo ; Sandra Rajoelison, Chargée de mission Agriculture urbaine, IMV, Commune urbaine d’Antananarivo ; Didier Jean, Chef de service international de la région Île-de-France - 11.12.15, stand de la région Île-de-France des espaces Générations climat de la COP21. Photo : DR

Les acteurs impliqués

En France :

- Région Île-de-France (maître d’ouvrage)
- AgroParisTech/Institut national de la Recherche agronomique (partenaire scientifique et financier)
- Experts Solidaires (association d’experts de divers domaines en appui à la solidarité internationale)

À Madagascar :

- Commune urbaine d’Antananarivo (maître d’ouvrage)
- IMV, Institut des métiers de la ville
- LRI, laboratoire de recherche (partenaire scientifique)
- Pépinière « Parcs et Jardins » et pépinière Phyto-logic (expertise en gestion des déchets verts)
- ONG EAST, eau, agriculture, santé en milieu tropical (conseil en assainissement lié à l’agriculture urbaine)
- ONG Action contre la faim (conseil santé et nutrition)
- Sté Madacompost, ONG Gevalor (expertise technique valorisation des déchets)

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- Région Île-de-France
- Ambassade de France à Madagascar
- Les relations entre la région Île-de-France et Madagascar
- IMV
- En savoir plus sur le projet AULNA, sur le site de l’IMV

Ce projet a été sélectionné dans le cadre de l’appel à projets Climat 2015, lancé par le ministère des Affaires étrangères et du Développement international (MAEDI), en partenariat avec le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie (MEDDE) et le ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Forêt (MAAF) ainsi qu’avec la Fondation Schneider Electric, sous l’égide de la Fondation de France.

Plus d’informations dans la rubrique Action extérieure des collectivités territoriales sur France Diplomatie

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Dernière modification : 22/01/2016

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