Volontariat de solidarité internationale - Discours de Mme Annick Girardin

Volontariat de solidarité internationale - Discours de Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la francophonie lors de la signature d’une convention entre France Volontaires et l’Association des Régions de France - (Paris, 10/02/2015)

Messieurs les Présidents,

Messieurs les Ministres,

Chers Amis,

Le volontariat de solidarité internationale est l’une des plus anciennes manifestations de la solidarité internationale des Français. L’histoire de la politique de développement et de solidarité s’est toujours construite avec des volontaires. C’est un signe qui ne trompe pas. Les jeunes Français, qu’ils aient été dans le temps des « vépé » - volontaires du progrès -, des coopérants - « coopé » dans le jargon du service national -, des « VSI » aujourd’hui, ou encore des services civiques, ont toujours eu à coeur de se mettre au service des autres, parce que la solidarité internationale est perçue, à juste titre comme une composante essentielle de la citoyenneté française.

Plus de 50 ans après l’envoi des premiers volontaires, cette politique reste d’une actualité évidente.

Évidente, d’abord, parce que la solidarité et la citoyenneté sont des valeurs plus que jamais nécessaires dans le monde d’aujourd’hui. Nécessaires après les attentats que nous venons de vivre, alors que s’exprime partout la tentation du repli sur soi.

Car notre réponse ne peut pas et, surtout, ne doit pas être uniquement sécuritaire.

Une réponse uniquement sécuritaire, ce serait céder à la peur, céder aux sirènes faciles de ceux qui pensent que fermer nos frontières serait une réponse efficace. Le repli sur soi, la fermeture des frontières, c’est laisser le champ libre à la haine de l’autre. Le volontariat international, c’est exactement le contraire. C’est une démarche de jeunes, garçons et filles, qui souhaitent donner un sens concret à leur désir d’un engagement citoyen, s’ouvrir aux autres et au monde.

C’est une démarche porteuse des valeurs revendiquées par une grande partie de cette jeunesse qui s’est levée, juste après les attentats. Ce sont aussi des valeurs qui doivent être au coeur de la réponse politique à l’horreur que nous avons traversée.

Ce serait aussi renoncer à l’exigence de solidarité, à la demande d’ouverture que nous renvoient chaque jour les peuples des pays en développement. Pendant la semaine de la solidarité internationale, en novembre dernier, j’ai croisé de nombreux jeunes - dont certains sont ici, d’ailleurs, - qui m’ont parlé de leurs expériences d’échange et de volontariat. Je pense, en particulier, non sans émotion, à un adolescent de 15 ans, dans une petite commune de l’Aude, à Bram, qui relatait - en ces termes : « là-bas (sous-entendu le Maghreb) c’est très différent de ce que l’on voit à la télé » pour expliquer à quel point sa vision du Maroc, et de ses habitants, avait été changée par un échange dans le cadre d’un jumelage, entre sa commune et Essaouira.

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Et si le volontariat est aujourd’hui un vecteur d’ouverture, d’échange et de partage, c’est aussi un instrument de solidarité. Un instrument de solidarité au service des pays les plus pauvres, au service des populations qui n’ont pas accès à une vie décente, qu’il s’agisse d’alimentation, d’eau, d’énergie ou encore de santé.

Et c’est là que réside la grande force du volontariat. En alliant ouverture et compétence, il offre un enrichissement permanent et partagé. C’est d’ailleurs à ce titre que le volontariat est reconnu par l’Assemblée générale des Nations unies comme un facteur important de réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement, qu’il s’agisse de lutte contre la pauvreté et les inégalités ou de renforcement des sociétés civiles. Il devra trouver toute sa place dans l’agenda de l’après 2015 et la France y veillera.

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Les questions de jeunesse et d’engagement sont des priorités du gouvernement. Le président de la République l’a rappelé lors de sa conférence de presse en annonçant la création du contrat civique, la mise en place d’un service universel pour les jeunes et la création d’une réserve citoyenne. Ces priorités doivent se décliner à l’international.

La solidarité internationale, tournée notamment vers la jeunesse, doit être une priorité. L’engagement citoyen, la mobilité et le volontariat constitueront un axe important de la nouvelle stratégie jeunesse du ministère des affaires étrangères et du développement international.

Le soutien à l’engagement de solidarité internationale constitue l’un des éléments clés de ce dispositif. Dans un contexte budgétaire contraint, faire de la jeunesse une priorité, c’est tout d’abord préserver les financements. Les crédits disponibles permettent d’appuyer France Volontaires et de soutenir directement près de 4.000 missions de volontaires de différente nature (VSI, bénévoles retraités, chantiers de jeunes...) chaque année.

Mais cette mobilisation ne serait pas suffisante sans les collectivités territoriales, qui apporteront des financements complémentaires ô combien nécessaires. Dans le cadre des programmes jeunesse du ministère des affaires étrangères et du développement international, les contributions des conseils régionaux, généraux et des communes sont au moins équivalents, voire supérieurs à ceux du ministère. À travers leurs nombreux outils et mécanismes de soutien aux projets de solidarité internationale, à la mobilité, les collectivités permettent à leurs administrés, et notamment les plus jeunes, d’exprimer leur solidarité et de s’ouvrir au monde.

Lors de la dernière session de la Commission nationale de la coopération décentralisée, nous avons évoqué la stratégie jeunesse que je souhaite mettre en oeuvre, car les collectivités territoriales ont un rôle à jouer pour la jeunesse dans le cadre de leur action extérieure ! Si l’on veut véritablement agir en amont pour construire un monde plus juste, moins hostile, il nous faut en premier lieu construire des ponts entre les jeunesses du Nord et du Sud, pour faire tomber les murs de préjugés !

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La convention que vous signez aujourd’hui s’inscrit parfaitement dans les orientations que je souhaite donner à notre politique dans ce domaine. Elle anticipe des évolutions du volontariat de solidarité internationale que je veux encourager et développer.

Le premier thème, c’est celui de l’engagement. C’est un acte fort pour un jeune que de donner quelques mois de sa vie, parfois plus d’une année, à la solidarité internationale. Je veux que cet engagement soit mieux reconnu, mieux valorisé. Quand un jeune s’engage au Sud, il en ressort plus solidaire, plus ouvert sur le monde, mais aussi plus compétent. Nous devrons, ensemble, trouver un moyen de valoriser ces compétences. Je crois que notre présence à tous ici ce soir est une forme de reconnaissance de cet engagement, mais comme certains d’entre vous me l’ont dit : ils souhaiteraient une reconnaissance plus concrète, dans le monde du travail, ou le monde universitaire.

Le second thème, c’est la réciprocité. La réciprocité, l’accueil en France de volontaires étrangers est essentiel si face à l’intolérance nous voulons créer des passerelles plutôt que de creuser des fossés. L’exemple des jeunes de Cool’eurs du Monde, que j’ai rencontrés à Bordeaux, est particulièrement parlant. Je pense en particulier aux actions de sensibilisation et d’éducation au développement et à la solidarité internationale, à l’ouverture de notre jeunesse aux réalités internationales et aux réflexions sur le vivre ensemble et la citoyenneté.

Le troisième axe que je veux évoquer, c’est celui de l’accessibilité. Je veux que le volontariat international ne soit pas un dispositif confidentiel, accessible uniquement à quelques-uns. Ce programme est trop important pour qu’il ignore aujourd’hui les publics les plus fragiles et les plus vulnérables, qui comme chaque Français, et c’est le souhait du président de la République, puisse faire le choix d’un engagement à l’international. Je sais, Messieurs les présidents de Région que vous y êtes sensibles, et je vous remercie de cet engagement.

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Le volontariat de solidarité international rend la politique de développement plus forte parce qu’il réunit les jeunes du Nord et du Sud. Aujourd’hui, avec cette convention, il sort encore renforcé de la volonté des régions françaises de jouer un rôle de premier plan dans la solidarité internationale. Je vous félicite de cette initiative qui donne tout son sens à l’engagement que nous partageons pour la jeunesse du monde.

Je souhaite que notre travail au cours des prochaines semaines vienne renforcer ces orientations. Nous commencerons dès ce vendredi à en discuter dans le cadre du conseil du développement et de la solidarité internationale. Mais ce n’est qu’un début, car le président de la République a tracé la direction à suivre vendredi dernier, et le Premier ministre nous a donné rendez-vous dans quelques semaines pour concrétiser cette impulsion.

Merci à tous pour votre engagement, et poursuivons, ensemble, notre travail au service de cette politique importante pour notre jeunesse et pour notre République./.

Dernière modification : 13/02/2015

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